La guerre de Troie

Achille, Hector, Hélène et le cheval de Troie appartiennent à la légende. Mais derrière l’Iliade se trouve une véritable cité de l’âge du bronze, détruite et reconstruite plusieurs fois. Reste à savoir si elle a réellement connu « la » guerre racontée par Homère.

1. Un peu de définition 🏛️

La guerre de Troie désigne, dans la tradition grecque, une expédition militaire des Achéens contre la cité de Troie, en Anatolie. Les Grecs auraient traversé la mer Égée, assiégé la ville pendant 10 ans, puis fini par la prendre et la détruire. Troie est alors gouvernée par le vieux roi Priam, père notamment d’Hector et de Pâris.

Les auteurs antiques situaient généralement cette guerre vers la fin du 2ᵉ millénaire AEC. Mais il faut distinguer mythe, chronique et histoire 📜. Le mythe transmet un récit traditionnel mêlant héros, dieux et merveilleux ; une chronique rapporte des événements considérés comme réels par son auteur, généralement dans leur ordre chronologique.

L’histoire, au sens scientifique moderne, confronte différentes sources — textes, archéologie, inscriptions — afin de distinguer ce qui est attesté, probable ou hypothétique. Or l’Iliade n’est ni une chronique ni un livre d’histoire : c’est une épopée, comme l’Épopée de Gilgamesh en Mésopotamie.

Attribuée à Homère et généralement datée du 8ᵉ siècle AEC, l’Iliade est postérieure de plusieurs siècles aux événements supposés. Issue d’une longue tradition orale 🗣️, elle ne raconte d’ailleurs que quelques semaines de la dernière année de la guerre.

2. Un peu d’histoire ⚔️

Ce que raconte le mythe : l’origine de la guerre remonte aux noces de Pélée et Thétis. Éris, déesse de la Discorde, furieuse de ne pas avoir été invitée, jette parmi les déesses une pomme d’or destinée « à la plus belle » 🍎. Héra, Athéna et Aphrodite la revendiquent. Le prince troyen Pâris, fils du roi Priam, est choisi pour les départager et donne la pomme à Aphrodite, qui lui a promis l’amour de la plus belle femme du monde : Hélène.

Problème : Hélène est déjà l’épouse de Ménélas, roi de Sparte. Pâris l’emmène à Troie — volontairement ou après l’avoir enlevée selon les versions. Ménélas et son frère Agamemnon, roi de Mycènes, réunissent alors une coalition de princes achéens pour la reprendre. La guerre oppose donc, dans le mythe, les Achéens conduits par Agamemnon aux Troyens du roi Priam. Hélène en constitue la cause humaine et Éris la cause divine.

Le siège aurait duré 10 ans ⏳ et met en scène Achille, Ulysse ou Ajax du côté grec, contre Hector, Pâris et Énée du côté troyen. Achille finit par tuer Hector, fils de Priam et principal défenseur de Troie. L’Iliade s’achève cependant sur les funérailles d’Hector : elle ne raconte donc pas la chute de la ville.

Celle-ci appartient à d’autres traditions du cycle troyen. Le célèbre cheval de Troie 🐴 aurait permis à des guerriers grecs cachés à l’intérieur de pénétrer dans la cité et d’en ouvrir les portes pendant la nuit. Troie est alors mise à sac et Priam est tué. Aucune découverte archéologique ne confirme cependant cet épisode.

Ce que montre l’archéologie 🏺 : le site d’Hisarlık, dans l’actuelle Turquie, correspond très probablement à la Troie antique. Frank Calvert y commence des fouilles en 1863, suivi par Heinrich Schliemann à partir de 1870. Les archéologues découvrent plusieurs villes successives, détruites et reconstruites pendant des millénaires. Troie VI était notamment une cité prospère et puissamment fortifiée.

Quelles causes historiques ? 🌊 Si un conflit opposa réellement Troie au monde mycénien, Hélène et la pomme d’Éris ne peuvent évidemment pas être retenues comme des causes historiques. La position de Troie près des Dardanelles, entre mer Égée et mer Noire, suggère plutôt des rivalités politiques, commerciales ou des expéditions de pillage. Ce ne sont cependant que des hypothèses.

Les textes hittites des 14ᵉ-13ᵉ siècles AEC montrent justement une région politiquement disputée 📜. Ils mentionnent un royaume appelé Wilusa, généralement rapproché d’Ilios, ainsi que les Ahhiyawa, souvent associés au monde mycénien. Ils témoignent de tensions dans l’ouest de l’Anatolie, mais ne racontent aucun siège comparable à celui de la tradition grecque.

3. Un peu de réflexion 🤔

Et les conséquences ? Plusieurs phases de Troie furent détruites, mais nous ignorons si l’une d’elles correspond au conflit à l’origine du récit homérique. Troie VIIa connaît une destruction vers la fin du 13ᵉ siècle AEC, puis le site est de nouveau occupé. Une éventuelle guerre de Troie n’aurait donc pas entraîné la disparition définitive de la cité.

Ces événements se situent près des grands bouleversements qui frappent la Méditerranée orientale autour de 1200 AEC 🌍 : disparition des palais mycéniens, chute de l’Empire hittite et destruction ou abandon de nombreuses cités. L’historien et archéologue Eric H. Cline insiste sur la multiplicité des causes de cet effondrement. Une éventuelle guerre autour de Troie s’inscrirait donc dans cette période de crises, sans pouvoir être présentée comme sa cause.

L’archéologue Manfred Korfmann estimait que des affrontements autour de Troie avaient pu laisser une trace dans la mémoire grecque. L’Iliade pourrait ainsi avoir transformé ou fusionné le souvenir de plusieurs événements. L’existence de la cité de Troie est attestée 🏺 ; Éris, Hélène comme cause de la guerre, Achille, les dix années de siège et le cheval de bois relèvent de la tradition mythique. Entre les deux se trouve peut-être le souvenir déformé de conflits bien réels.

Le cheval de Troie 🐴 possède aussi une forte dimension symbolique. Ce qui semble être une offrande abandonnée par les Grecs devient l’instrument de la destruction de la ville : les Troyens font eux-mêmes entrer l’ennemi derrière leurs murailles. Il symbolise ainsi la ruse, la tromperie et le danger caché sous une apparence inoffensive, sens que l’on retrouve aujourd’hui jusque dans l’informatique 💻.

La chute de Troie ne constitue pas la fin du mythe. Ulysse met dix années supplémentaires à regagner Ithaque dans l’Odyssée, tandis qu’Énée, survivant troyen, devient bien plus tard dans l’Énéide de Virgile l’ancêtre mythique des Romains. Troie est ainsi devenue bien davantage que le souvenir possible d’une guerre : l’un des grands mythes fondateurs de la culture antique.

1 vue · 0 vote positif

Réactions

Connectez-vous pour réagir.

Commenter ce contenu…

Commentaires

0 message