La guerre de Cent Ans

Entre 1337 et 1453, les royaumes de France et d’Angleterre s’affrontent dans une longue série de guerres. Elle ne dure donc pas exactement cent ans, mais 116 ans, entrecoupés de trêves. Ce conflit transforme profondément les deux pays et renforce l’autorité des États.
1. Un peu de définition 🏰
La guerre de Cent Ans désigne l’ensemble des conflits entre les rois de France et d’Angleterre, de 1337 à 1453. Son nom est surtout forgé par les historiens au 19ᵉ siècle.
Elle commence par des causes dynastiques, c’est-à-dire une crise de succession au sein de la monarchie française. En 1328, Charles IV, dernier roi capétien direct, meurt sans fils. Édouard III d’Angleterre, son petit-fils par sa mère Isabelle de France, revendique la couronne. Les grands du royaume choisissent pourtant Philippe VI de Valois, cousin du roi défunt : ils refusent qu’une femme, ou un descendant par les femmes, puisse transmettre la couronne. Ce principe, issu des précédents successoraux de 1316 et 1328, sera plus tard désigné sous le nom de loi salique.
Mais ce n’est pas qu’une querelle familiale. Le roi d’Angleterre possède encore la Guyenne et d’autres fiefs en France : il est à la fois un souverain indépendant et le vassal du roi de France. À cela s’ajoutent les rivalités pour la Flandre, le commerce de la laine et le contrôle des routes maritimes.
2. Une guerre en plusieurs temps ⚔️
L’effondrement français et la conquête anglaise 🏹
L’Angleterre remporte d’abord plusieurs victoires impressionnantes : Crécy en 1346, Poitiers en 1356 — où le roi Jean II est fait prisonnier — puis Azincourt en 1415.
L’efficacité anglaise repose notamment sur les archers longs (longbows). Tirant beaucoup plus loin et plus vite que les arbalétriers, ils déciment les charges de chevaliers français, lourdement équipés et souvent gênés par un terrain boueux.
La France connaît alors une période très dure : défaites, pillages, rançons, révoltes comme la Grande Jacquerie en 1358, mais aussi les ravages de la peste noire à partir de 1348.
Le conflit devient aussi une guerre civile. Les Armagnacs et les Bourguignons se disputent le pouvoir autour d’un roi, Charles VI, régulièrement frappé de crises de folie. Après l’assassinat du duc de Bourgogne Jean sans Peur en 1419, les Bourguignons s’allient aux Anglais.
Le traité de Troyes de 1420 semble donner la victoire à l’Angleterre : Henri V épouse Catherine de Valois et est reconnu comme héritier de Charles VI, au détriment du dauphin Charles, futur Charles VII.
Jeanne d'Arc
Alors que les Anglais assiègent Orléans depuis octobre 1428, Jeanne d’Arc rejoint le camp du dauphin Charles. Elle participe à la levée du siège, le 8 mai 1429, puis à la marche vers Reims, où Charles VII est sacré le 17 juillet 1429.
Elle ne gagne pas seule la guerre, mais elle redonne confiance au camp français. Sa figure devient aussi un puissant symbole politique : Charles VII est présenté comme le roi légitime, soutenu par Dieu, face à l’occupation anglaise et à l’alliance bourguignonne.
Capturée par les Bourguignons, livrée aux Anglais, Jeanne est jugée à Rouen sous l’autorité de Pierre Cauchon, évêque de Beauvais favorable au camp anglais, puis brûlée en 1431. Sa condamnation est annulée en 1456 ; devenue une figure majeure de l’histoire de France, elle est canonisée en 1920.
3. Une guerre aussi diplomatique 🤝
La guerre ne se décide pas uniquement sur les champs de bataille. Les alliances, les mariages, les traités et les rivalités entre princes comptent tout autant que les victoires militaires.
Les Anglais s’appuient sur la Bourgogne, alors l’un des États les plus riches et les plus puissants d’Europe occidentale. Leurs adversaires cherchent, eux, à isoler l’Angleterre et à réconcilier le roi de France avec les Bourguignons.
Le traité d’Arras de 1435 est un tournant. Charles VII fait la paix avec Philippe le Bon, duc de Bourgogne. L’Angleterre perd alors son principal allié sur le continent ; la reconquête française peut vraiment commencer.
Charles VII réorganise son armée, notamment avec les compagnies d’ordonnance permanentes, et développe l’artillerie. Les Français reprennent progressivement la Normandie puis la Guyenne. La bataille de Castillon, en 1453, scelle la défaite anglaise et met fin aux grandes opérations de la guerre de Cent Ans. Le traité de Picquigny, conclu en 1475 entre Louis XI et Édouard IV, stabilise ensuite les relations entre les deux monarchies : l’Angleterre renonce à reprendre immédiatement la guerre, en échange notamment d’une pension française, sans abandonner formellement ses prétentions au trône de France.
4. Ce que la guerre change 👑
La France sort meurtrie mais renforcée. Le roi dispose désormais davantage d’impôts, d’une armée plus stable et d’une autorité plus forte sur les grands seigneurs.
L’Angleterre ne conserve plus sur le continent que Calais, qu’elle perdra en 1558. La défaite alimente ensuite les luttes internes de la guerre des Deux-Roses, à partir de 1455.
La guerre de Cent Ans n’oppose pas encore deux nations au sens moderne. Pourtant, elle contribue à faire naître, peu à peu, le sentiment d’appartenir à un même royaume français ou anglais.
Elle marque aussi la fin progressive de la guerre médiévale dominée par la chevalerie. L’infanterie, les archers, l’artillerie et les armées organisées par l’État deviennent de plus en plus décisifs.
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