La gouvernance des religions

Une croyance athée populaire véhicule l'idée que toutes les religions sont taillées sur le même modèle. À savoir le catholicisme dans le monde francophone.

Cette croyance se matérialise par l'emploi de l'expression "La religion". Cette idée singulière pourrait se penser d'un point de vue philosophique et anthropologique, mais quand c'est un fondamentalisme athée ou musulman qui la ressort, la méfiance est systématiquement de mise.

Toutes les religions ont une gouvernance autoritaire fait penser qu'elles ont le même type de gouvernance avec un pape qui légifère tout ce qu'il veut. Les structures "administratives" du judaïsme, de l’islam et de l'hindouisme sont pourtant sensiblement différentes.

Le clergé se définit comme un corps de spécialistes distingués des fidèles par un savoir ou un rite, investis de l'autorité pour interpréter les textes et administrer le sacré. Cette fonction de médiation et d'encadrement social s'exerce de manière permanente, que la légitimité provienne de l'élection, de l'étude ou de la naissance.

Une hiérarchie peut se définir comme une organisation qui précise les relations ascendantes de pouvoir. Elle ne se réduit donc pas à l'obéissance ou la soumission, et toute organisation n'est pas hiérarchique.

1. Le catholicisme

Le pape est le chef doctrinal de l'Église catholique romaine et réside au Vatican. C'est également le titre donné dans d'autres églises chrétiennes, notamment l’Église copte, l’Église arménienne et l’Église catholique johannite.

Le clergé catholique constitue une hiérarchie d'ordre et de juridiction : pape, cardinaux, évêques, prêtres, diacres, vicaires... Il est l'ensemble du corps social et religieux constitué par les ministres ordonnés et institués que l'on appelle les clercs, les fidèles étant désignés par le terme de "laïcs".

On distingue 2 types de clergé : Le clergé séculier qui vit "dans le siècle" au milieu des laïcs, par opposition au clergé régulier qui vit "selon une règle de vie" d’un ordre, d'une abbaye, d'un couvent, d'un prieuré.

Dans la tradition catholique, selon l'encyclique Presbyterum ordinis, le prêtre agit in persona Christi capitis (en la personne du Christ Tête), au moment où il consacre les espèces. Il est "intrinsèquement modifié" par le sacrement de l'ordre.

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Historiquement, la gouvernance de l'Église de Rome est d'abord collégiale : aux 1ᵉʳ et 2ᵉ siècles, les communautés locales sont dirigées par un conseil d'anciens sans hiérarchie stricte, où un personnage comme Clément de Rome agit en secrétaire plutôt qu'en chef unique. La figure de l'évêque monarchique ne s'impose que progressivement entre la fin du 2ᵉ siècle et le courant du 3ᵉ siècle, par la concentration des pouvoirs financiers et liturgiques entre les mains d'un seul responsable. Ce processus de centralisation s'accélère face aux persécutions et aux hérésies, imposant un dirigeant unique pour garantir la cohésion et l'unité doctrinale.

Dans l'idée d'une cohésion sociale nécessaire, le christianisme éprouve tôt le besoin d'assurer son unité, après l'adoption d'une politique de tolérance par Constantin en 313. Il le fait, d'une part, avec les conciles que réunit l'empereur, et par l'affirmation explicite sous Damase Ier (366-384), de l'autorité de l'évêque de Rome.

Ce dernier est alors considéré comme perpétuant la primauté de Pierre, le disciple dont Jésus a fait le chef du collège apostolique et auquel il a déclaré :

« Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, contre laquelle la mort elle-même ne pourra rien. 19 Je te donnerai les clés du royaume des cieux : tout ce que tu interdiras sur la terre sera interdit aux yeux de Dieu et tout ce que tu autoriseras sur la terre sera autorisé aux yeux de Dieu. » (Matthieu XVI, 18-19).

2. Le protestantisme

En 1520, Martin Luther (1483–1546) proclame que chacun peut accéder librement à Dieu ; il nie l'existence d'une hiérarchie dans l'Église et la validité de ses lois. Ses idées sont transposées dans le champ social et politique par les chevaliers de Rhénanie et les paysans, révoltés contre leurs princes.

De nos jours, chez les protestants, l'organisation varie suivant les États et les communions.

Chez les luthériens, la gouvernance repose sur un modèle démocratique où seule l'élection confère la légitimité, le titre théologique n'octroyant aucun pouvoir en soi. L'autorité administrative et doctrinale est exercée par le conseil presbytéral à l'échelle locale et par le synode au niveau national.

Cette structure horizontale permet aux femmes d'accéder au pastorat et offre la possibilité à tout fidèle formé de présider le culte ou d'être reconnu comme prédicateur laïc. Par ailleurs, les structures francophones évitent traditionnellement le terme d'« évêque », marqué par le passif historique avec le catholicisme, lui préférant le titre d'« inspecteur ecclésiastique », tandis que l'autorité des doyens reste limitée au cadre universitaire où ils sont élus.

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Les calvinistes n'ont pas de distinction de rang entre les ministres. Ils ont des élus départementaux ou régionaux, et même un président national élu. Actuellement, il s'agit de Emmanuelle Seyboldt depuis 2017.

Il existe aussi des organisations internationales où chaque église réformée, calviniste, épiscopalienne, est représentée.

L'Église établie d'Angleterre et les Églises épiscopaliennes ont conservé les degrés et les titres du catholicisme, mais ont toutes une gouvernance démocratique, de par les synodes. Dans la communion anglicane, le synode de Lambeth a lieu tous les 10 ans.

3. Le judaïsme

Le rabbin n'est pas un prêtre, mais un juge ou un conseiller juridique. Le mot rabbin vient de l’araméen rabbi, qui signifie "maître". Il a principalement 2 fonctions : il enseigne et il représente l’autorité religieuse. Cela signifie d’une part qu’il a pour tâche de transmettre des connaissances. Dans le judaïsme français, le rabbin suit au moins 5 ans d’études.

Avec les diasporas successives qui ont suivi la destruction du second Temple de Jérusalem, en 70, les rabbins sont devenus progressivement les "chefs" religieux d’une communauté, assurant l’office et les cérémonies familiales, et résolvant les questions d’interprétation de la Loi.

Dans certains pays, notamment Israël ou la France, le titre de grand rabbin est donné au chef religieux de la communauté juive nationale. Il représente le culte juif vis-à-vis des autorités.

Le titre de "Grand Rabbin" est une création souvent liée à une volonté étatique de centralisation (comme le Consistoire créé par Napoléon en France). Dans le judaïsme orthodoxe ou libéral mondial, il n'existe aucune autorité suprême ; chaque communauté reste juridiquement autonome.

4. L'islam

Les imams sont considérés comme les guides les plus connus, mais d'autres figures jouent un rôle d'autorité, mais elles ne sont guère institutionnalisées et ne sont pas organisées hiérarchiquement. Preuve en est l’abondance des termes utilisés pour définir les spécialistes de l'islam : ulémas, shaykh, ayatollah…

Il n'existe pas en islam d'organisation centralisée, ni de hiérarchie religieuse, excepté parmi les chiites ou au sein des ordres soufis. Le clergé chiite répond à une organisation comportant des ayatollahs, des religieux qualifiés pour pratiquer l’ijtihâd, l’effort d’interprétation de la loi religieuse par l’exercice de la raison.

En revanche Nabil Mouline, dans “Les clercs de l'islam. Autorité religieuse et pouvoir politique en Arabie Saoudite.” montre la constitution d’un personnel religieux dès les tous débuts de l’islam qu’il est difficile de ne pas nommer un “clergé”.

On peut nuancer que si l'islam sunnite n'a pas de "clergé" sacramentel (pas de médiateur entre Dieu et le fidèle), il possède une hiérarchie de savoir (les oulémas) qui exerce un pouvoir normatif structuré, souvent lié au pouvoir politique (muftis d'État).

5. Dans le bouddhisme

Dans le bouddhisme, Bouddha n'étant pas un dieu, il n'y a pas de prêtres, mais des moines et des nonnes. Cette religion qui n'est pas un mouvement homogène comporte une diversité de courants : Theravada, Mahayana, Vajrayana…

La structure de la Sangha (la communauté monastique) est basée sur l'ancienneté (le nombre d'étés passés en tant que moine). Dans le bouddhisme tibétain (Vajrayana), la hiérarchie des Tulkous (lamas réincarnés) est particulièrement formelle.

6. Dans l'hindouisme

L'hindouisme repose sur une hiérarchie sociale héréditaire où les brahmanes détiennent l'autorité spirituelle et la connaissance des Védas sans organisation centrale. Cette structure distingue la caste de la fonction : si les brahmanes forment l'élite sacerdotale, tous ne sont pas des prêtres officiants dans les temples.

Le pouvoir temporel est historiquement dévolu à la caste des guerriers et des rois, instaurant une séparation nette entre la pureté rituelle et la force. La gouvernance est ainsi fragmentée et locale, déléguant la gestion des affaires terrestres aux dirigeants tandis que les clercs préservent les rites.

L'ensemble du système est régi par le Dharma, l'ordre cosmique et social qui définit les devoirs de chaque groupe pour assurer la cohésion du monde. Dans les traditions populaires, des prêtres locaux peuvent assurer le culte sans être des brahmanes de haute lignée, illustrant la diversité des pratiques.

7. Nomocratie/hiérocratie

La distinction entre nomocratie et hiérocratie permet de clarifier les divergences de gouvernance religieuse.

Dans une nomocratie, comme le judaïsme ou l'islam sunnite, l'autorité repose sur la Loi et le texte sacré, où des experts (rabbins, oulémas) interprètent une norme préexistante sans disposer d'un pouvoir sacramentel sur les fidèles.

À l'inverse, la hiérocratie, emblématique du catholicisme, s'organise autour d'un corps de prêtres détenteurs d'un pouvoir spirituel exclusif transmis par l'ordination. Cette structure pyramidale place le clergé comme médiateur indispensable entre le divin et les laïcs, centralisant ainsi l'administration du sacré au sein d'une institution hiérarchisée.

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