La décroissance

Face aux limites écologiques de la planète, la décroissance propose de ne plus faire de l’augmentation permanente de la production et de la consommation l’objectif central de l’économie.
1. Un peu de définition 📉
La décroissance est un courant économique, écologique et politique qui propose de réduire volontairement certaines productions et consommations, surtout dans les pays riches, afin de diminuer l’utilisation des ressources et les pressions sur l’environnement.
Elle ne désigne pas simplement une baisse du PIB. Ses partisans distinguent la décroissance choisie d’une récession subie : l’objectif est de réduire l’empreinte matérielle de l’économie tout en préservant les conditions de vie. La sobriété consiste ainsi à réduire certains usages plutôt qu’à seulement les rendre plus efficaces.
La décroissance remet également en question le PIB comme principal indicateur de progrès. Elle propose de mieux prendre en compte la santé, le bien-être, les inégalités, la biodiversité et les ressources consommées.
2. Un peu d’histoire 🕰️
La critique écologique de la croissance se développe surtout dans les années 1960 et 1970. Des penseurs comme Ivan Illich, Jacques Ellul et André Gorz critiquent la société de consommation et le productivisme, qui fait de l’augmentation de la production un objectif central.
L’économiste Nicholas Georgescu-Roegen joue un rôle majeur. Dans The Entropy Law and the Economic Process (1971), il souligne que toute économie dépend de flux de matière et d’énergie et se heurte donc à des limites physiques. Ses idées sont diffusées en français par Jacques Grinevald et Ivo Rens dans Demain la décroissance en 1979.
En 1972, le rapport The Limits to Growth du Club de Rome, réalisé notamment par Donella et Dennis Meadows, popularise l’idée des limites d’une croissance matérielle indéfinie. André Gorz développe parallèlement une critique sociale de la croissance et des modes de consommation.
À partir des années 1980, le développement durable cherche à concilier croissance économique, progrès social et protection de l’environnement. Les décroissants se montrent plus critiques : ils doutent qu’une croissance matérielle continue puisse être compatible avec les limites écologiques. Dans les années 2000, le courant connaît un nouvel essor, notamment avec Serge Latouche, qui popularise en France la critique de la « société de croissance ».
3. La décroissance aujourd’hui 🌍
La décroissance ne signifie pas que toutes les activités doivent diminuer. Ses défenseurs souhaitent développer la santé, l’éducation, les transports collectifs ou la rénovation des bâtiments, tout en réduisant les activités les plus polluantes et gourmandes en ressources. Elle s’accompagne ainsi de propositions comme la sobriété, le réemploi, la relocalisation de certaines productions ou la réduction du temps de travail.
Par exemple, réduire le temps de travail peut permettre de partager davantage l’emploi et de donner plus de place au temps libre plutôt qu’à l’augmentation continue de la production et de la consommation. Certaines entreprises expérimentent ainsi la semaine de 32 heures sur quatre jours, comme LDLC en France, sans réduction de salaire. Cette mesure n’est pas décroissante en elle-même, mais illustre l’idée de rechercher davantage de bien-être sans faire de la croissance de la production l’objectif principal.
4. Croissance verte ou décroissance ? 🌱
Le principal débat concerne le découplage : peut-on continuer à augmenter le PIB tout en réduisant suffisamment les émissions et l’utilisation des ressources ? La croissance verte mise notamment sur l’innovation et l’efficacité énergétique ; la décroissance considère qu’une réduction de certains usages reste nécessaire.
L’effet rebond nourrit cette critique : une technologie plus efficace peut rendre un usage moins coûteux et encourager sa consommation. Une partie du bénéfice écologique obtenu peut alors être annulée.
5. Une question de justice ⚖️
La décroissance pose aussi la question des inégalités. Demander le même effort à tous serait injuste : les personnes ayant les consommations les plus élevées disposent généralement d’une marge beaucoup plus importante pour réduire leur empreinte écologique.
La même logique s’applique entre les pays. Une décroissance mondiale uniforme aurait peu de sens : certains États doivent encore développer leurs infrastructures, tandis que les économies riches concentrent une part importante de la consommation de ressources.
6. Un peu de réflexion 🤔
Le mot « décroissance » reste controversé car il évoque facilement la récession, le chômage ou un retour en arrière. André Gorz soulignait justement qu’une simple baisse de la production, sans transformation sociale, pouvait aggraver les inégalités.
Le débat invite aussi à parler non pas de « la croissance », mais des « croissances » : toutes les activités n’ont ni la même utilité sociale ni le même impact écologique. La question devient alors : qu’est-ce qui doit croître et qu’est-ce qui doit décroître ? On peut souhaiter davantage de santé, d’éducation, de transports collectifs ou de biodiversité, tout en réduisant les énergies fossiles, le gaspillage et certaines consommations matérielles.
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