L assassinat de John F Kennedy

Lee Harvey Oswald a-t-il réellement agi seul le 22 novembre 1963 ?
1. Un peu de définition
L’assassinat de John Fitzgerald Kennedy, 35ᵉ président des États-Unis, a lieu le 22 novembre 1963 à Dallas, au Texas. Alors que son cortège traverse Dealey Plaza, Kennedy est mortellement atteint par des tirs. Lee Harvey Oswald, employé du Texas School Book Depository, est rapidement suspecté, mais il est abattu deux jours plus tard par Jack Ruby, propriétaire d'une boîte de nuit de Dallas, avant d'avoir pu être jugé.
La commission Warren conclut en 1964 qu'Oswald a tiré trois coups de feu depuis le sixième étage du Texas School Book Depository et qu'il a agi seul, de son propre chef, sans complice ni commanditaire. Son fusil est retrouvé dans le bâtiment et plusieurs éléments matériels conduisent la commission à l'identifier comme le tireur.
En 1979, le House Select Committee on Assassinations confirme qu'Oswald a tiré les coups ayant atteint Kennedy, mais estime qu'un second tireur a probablement fait feu, principalement à partir d'une analyse acoustique. Il conclut donc à une probable conspiration, sans pouvoir identifier le second tireur ni un commanditaire. Cette preuve acoustique sera ensuite fortement contestée.
2. Un peu d'histoire
Né en 1917 dans une riche famille du Massachusetts, John F. Kennedy combat dans le Pacifique pendant la Seconde Guerre mondiale avant d'être élu représentant, sénateur puis président en 1960, à seulement 43 ans. Sa présidence est dominée par la guerre froide, la crise de Cuba, la course à l'espace et l'engagement croissant des États-Unis au Vietnam.
L'un des premiers désastres de son mandat est la baie des Cochons, en avril 1961. Préparée sous Eisenhower par la CIA, l'opération vise à renverser Fidel Castro grâce à des exilés cubains. Kennedy l'autorise mais limite l'intervention américaine ; l'invasion tourne au fiasco et détériore ses relations avec une partie de la CIA et des anticastristes.
3. Qui était Lee Harvey Oswald ?
Né en 1939 à La Nouvelle-Orléans, Lee Harvey Oswald connaît une enfance instable et des difficultés familiales et scolaires. Adolescent, une évaluation psychiatrique relève notamment son isolement social et des difficultés émotionnelles. À 17 ans, il s'engage dans les Marines, où il apprend le maniement du fusil.
Politiquement, Oswald est marxiste. En 1959, il part vivre en URSS, puis revient aux États-Unis en 1962 avec son épouse soviétique, Marina. Partisan de Fidel Castro, il distribue en 1963 des tracts du Fair Play for Cuba Committee. Son militantisme reste cependant largement personnel : aucune organisation n'a été démontrée comme lui ayant ordonné de tuer Kennedy.
Le 10 avril 1963, Oswald aurait déjà tenté d'assassiner le général Edwin Walker, militant ultraconservateur et anticommuniste, en lui tirant dessus à son domicile. Walker survit. La commission Warren attribue cette tentative à Oswald : elle constitue un élément important en faveur du portrait d'un homme capable de préparer seul un attentat politique.
C'est également l'explication privilégiée pour Kennedy : selon la commission Warren, Oswald aurait préparé l'attentat de son propre chef, profitant de son emploi dans un bâtiment situé sur le parcours présidentiel. Arrêté peu après, notamment pour le meurtre du policier J. D. Tippit, il nie et affirme être un « bouc émissaire » : « I'm just a patsy! »
Le 24 novembre, Oswald est abattu devant les caméras par Jack Ruby lors de son transfert. Ruby connaissait plusieurs policiers et avait des contacts avec des personnes liées au milieu criminel, ce qui nourrit immédiatement les soupçons. Les enquêtes n'ont toutefois pas établi qu'il ait tué Oswald pour le faire taire.
4. La « balle magique »
L'un des principaux arguments des théories du complot est la théorie de la balle unique, surnommée la « balle magique ». Selon la commission Warren, une même balle traverse Kennedy puis atteint le gouverneur du Texas John Connally, assis devant lui, provoquant plusieurs blessures au thorax, au poignet et à la cuisse.
Certains schémas donnent l'impression d'une trajectoire impossible. Mais Kennedy et Connally n'étaient ni à la même hauteur ni parfaitement alignés : Connally était assis plus bas et tourné. Les analyses photographiques ont ainsi conclu que leur position était compatible avec le passage d'une seule balle.
La balle retrouvée, CE 399, paraît également peu déformée malgré les blessures qui lui sont attribuées. Il s'agissait toutefois d'un projectile militaire entièrement chemisé, capable de conserver largement sa forme. La « balle magique » reste donc controversée, mais sa trajectoire n'est pas physiquement impossible.
5. Les autres suspects
Fidel Castro et Cuba : après la baie des Cochons et les tentatives américaines pour l'éliminer, Castro aurait pu vouloir se venger. Les enquêtes n'ont cependant trouvé aucune preuve d'une implication du gouvernement cubain.
Les anticastristes : certains exilés cubains reprochaient à Kennedy son manque de soutien lors de la baie des Cochons. Des militants radicaux auraient donc pu chercher à se venger, mais aucune implication collective n'a été démontrée.
La CIA : après le fiasco cubain, Kennedy entretient des rapports difficiles avec l'agence et renvoie son directeur Allen Dulles en 1961. Ces tensions nourrissent l'hypothèse d'un complot interne, sans preuve concluante.
La mafia : Robert Kennedy mène alors une importante offensive contre le crime organisé. Carlos Marcello, Sam Giancana et d'autres mafieux sont régulièrement soupçonnés ; l'enquête du Congrès de 1979 reconnaît certains mobiles et relations troublantes, mais aucune responsabilité n'a pu être établie.
L'URSS : le séjour soviétique et les convictions marxistes d'Oswald suscitent immédiatement des soupçons en pleine guerre froide. Le comité du Congrès de 1979 conclut cependant que le gouvernement soviétique n'était pas impliqué.
6. Le « grassy knoll » et le film Zapruder
Plusieurs témoins présents à Dealey Plaza pensent avoir entendu des tirs provenant de la butte herbeuse (grassy knoll), située devant et à droite de Kennedy. Cette impression devient l'un des principaux arguments en faveur d'un second tireur, alors que les tirs attribués à Oswald proviennent de l'arrière.
Le célèbre film d'Abraham Zapruder alimente également le débat : le mouvement brutal de la tête de Kennedy lors du tir mortel est parfois interprété comme la preuve d'un tir frontal. Les analyses médico-légales et balistiques officielles concluent néanmoins que le tir mortel provenait de l'arrière.
7. Un peu de réflexion
L'hypothèse centrale reste donc relativement simple : Oswald aurait décidé seul d'assassiner Kennedy, comme il aurait déjà tenté quelques mois auparavant de tuer Edwin Walker. Son profil, son accès au bâtiment, son fusil et son comportement après l'attentat constituent un ensemble important d'éléments en faveur de cette conclusion. Même l'enquête du Congrès de 1979, pourtant favorable à l'existence probable d'un second tireur, maintient qu'Oswald a tiré sur Kennedy et porté le coup mortel.
Les théories du complot persistent car l'affaire rassemble des circonstances troublantes : activités clandestines de la CIA, nombreux ennemis de Kennedy, passé soviétique d'Oswald et assassinat de celui-ci avant son procès. Mais aucune hypothèse concurrente n'a démontré de manière convaincante qui aurait organisé le complot et comment. Les zones d'ombre ne constituent donc pas, à elles seules, la preuve d'une conspiration.
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