Dracula 🧛

Le personnage historique ayant inspiré le mythe littéraire du vampire Dracula était-il un si horrible personnage ?

La figure de Dracula trouve son origine historique dans la figure de Vlad III, prince de Valachie, membre de la maison des Drăculești. Son règne et sa postérité oscillent entre la légende noire du tyran sanguinaire et le mythe du souverain patriote.

1. Un peu de biographie

Vlad III est né vers 1431 et mort à la fin de l'année 1476. Il est plus connu sous le surnom de Vlad Tepes (l'Empaleur).

Un aspect crucial de sa jeunesse est son séjour en tant qu'otage à la cour ottomane dès 1442. Livré par son père comme gage de soumission au sultan, il y apprend la langue turque, la stratégie militaire et, selon certains historiens, l'art du supplice qu'il retournera plus tard contre ses geôliers. Cette période explique la complexité de ses relations avec l'Empire ottoman.

Sa vie politique ne fut pas un long règne stable, mais une succession de 3 périodes distinctes (1448, 1456-1462 et 1476). Ces interruptions témoignent de l'instabilité chronique de la Valachie du 15ᵉ siècle, prise en étau entre les puissances hongroise et ottomane.

La Valachie était une principauté médiévale située entre les Alpes transylvaines et le Danube, qui maintient une autonomie fragile face à l'Empire ottoman avant de s'unir à la Moldavie en 1859 pour former la Roumanie.

Le nom « Dracula » provient de son père, Vlad II le Dragon (Vlad Dracul), membre de l'Ordre du Dragon. En roumain de l'époque, Dracula signifie littéralement « fils du Dragon ». Le terme Dracul provient du latin draco (« dragon »), en référence à l'intégration de Vlad II dans l'Ordre du Dragon en 1431 par Sigismond de Luxembourg.

2. Un peu de diabolisation

La réputation de cruauté extrême de Vlad III s'est propagée dès le 15ᵉ siècle, largement alimentée par ses adversaires politiques, via l'invention de l'imprimerie.

La réputation de cruauté extrême de Vlad III s'est propagée dès le 15ᵉ siècle, largement alimentée par ses adversaires politiques via l'invention de l'imprimerie. Bien que la torture fût pratiquée par d'autres souverains de l'époque, Vlad fit de l'empalement un outil de terreur psychologique systématique. L'épisode de la « forêt de palis » en 1462, où des milliers de prisonniers ottomans furent empalés devant les murs de Târgoviște, marqua durablement les esprits.

Ce qui est particulièrement notable, c'est que la littérature de pamphlet de l'époque, très largement diffusée grâce aux presses mobiles, a transformé une tactique militaire de dissuasion en une pathologie personnelle. Les récits de colportage allemands et saxons, souvent accompagnés de gravures sur bois, ne se contentaient pas de décrire ses actes : ils inventaient des mises en scène domestiques absurdes, le décrivant dînant avec plaisir au milieu de victimes empalées. Cette campagne de communication négative est l'un des tout premiers exemples de « fake news » à grande échelle utilisant la technologie de l'imprimerie pour déshumaniser un adversaire politique.

Après son arrestation par le roi de Hongrie Mathias Corvin en 1462, ces pamphlets furent largement diffusés en Europe centrale. Les marchands saxons de Transylvanie, dont Vlad avait restreint les privilèges commerciaux, furent les premiers à imprimer ces récits, mêlant faits réels et inventions pures pour satisfaire un public friand de récits macabres. Corvin, ayant détourné les fonds envoyés par le Pape pour la croisade, avait besoin de justifier son inaction face aux Turcs. Le dépeindre comme un tyran psychopathe et un traître à la chrétienté lui permettait ainsi de légitimer l'arrestation de son allié.

3. Un peu de littérature

C'est cette image de tyran cruel qui servira de base, des siècles plus tard, à l'écrivain irlandais Bram Stoker pour créer son personnage de vampire en 1897, transformant le prince historique en une créature surnaturelle.

Stoker, lorsqu'il écrit son roman au 19ᵉ siècle, ne connaissait que peu de choses sur le véritable Vlad Tepes.. Il a trouvé le nom « Dracula » dans un livre d'histoire de William Wilkinson, et a été séduit par l'étymologie (qu'il interprétait à tort comme « Diable » en roumain moderne, alors que pour Vlad, cela signifiait « Dragon »).

Celui-ci ayant principalement consulté son ouvrage An Account of the Principalities of Wallachia and Moldavia, publié au début du 19ᵉ siècle. C'est dans ce livre qu'il a découvert le nom de Dracula et la réputation de cruauté de Vlad III, qu'il a ensuite greffée sur les légendes de vampires d'Europe de l'Est.

Dans les premières ébauches de son roman, le vampire de Stoker s'appelait simplement Le Comte Wampyr.

4. Un peu de nationalisme

À l'opposé de la légende noire, l'historiographie roumaine présente souvent Vlad III comme un dirigeant intègre et un défenseur acharné de l'indépendance nationale.

Vlad est perçu comme l'un des rares princes chrétiens à avoir tenu tête de manière efficace à l'expansionnisme du sultan Mehmed II. Sa résistance militaire est célébrée comme un acte de bravoure pour la sauvegarde de la chrétienté et de l'identité roumaine.

Dans l'imaginaire populaire roumain, Vlad III est le symbole de la justice absolue. Les chroniques locales racontent qu'il avait réussi à éradiquer la criminalité et la corruption par la peur du châtiment, rendant le pays si sûr que l'on pouvait laisser une coupe d'or près d'une fontaine publique sans que personne ne la vole.

Au 19ᵉ et 20ᵉ siècles, notamment durant la période communiste, sa figure a été exaltée pour renforcer le sentiment nationaliste. Il est représenté comme un souverain autoritaire, mais juste, protégeant le peuple contre les abus des boyards (nobles locaux) et les menaces extérieures.

5. Un peu de pop culture

On retrouvera le personnage de Dracula, seigneur des vampires, dans de nombreuses œuvres cinématographiques et littéraires.

Le cinéma de la firme Hammer, dès la seconde moitié du 20ᵉ siècle, a durablement réinventé l'image de Dracula avec l'acteur Christopher Lee. Ces films introduisent pour la première fois les canines proéminentes et le sang visible à l'écran, rompant avec l'esthétique plus sobre des décennies précédentes.

On peut également la série de jeux vidéos ». Vous pourriez écrire : « On peut également citer la série de jeux vidéo Castlevania : apparue pour la première fois en 1986, elle met en scène un Dracula qui renaît approximativement tous les cent ans pour affronter les Belmont.

6. Un peu de tourisme

Aujourd'hui, le "mythe Dracula" est un moteur économique pour la Roumanie. Le château de Bran, bien que Vlad Tepes n'y ait probablement jamais résidé, est devenu le lieu de pèlerinage mondial pour les amateurs du genre, illustrant la fusion totale entre la réalité historique du 15ᵉ siècle et la fiction commerciale moderne.

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